Berlin

TTIP – Un quart de million de personnes dans les rues de Berlin contre le traité transatlantique

Samedi dernier, aux alentours de 12h, environ 250 000 personnes, au lieu des 50 000 annoncées par les organisateurs, se sont réunies entre la gare principale de Berlin et le quartier du gouvernement afin que les représentants politiques allemands ne restent pas impassibles à cette forte mobilisation contre le TTIP. Le Transatlantic Trade and Investment Partnership ou le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, en français, est actuellement négocié entre la Commission européenne et les États-Unis et vise à fortement libéraliser les échanges commerciaux entre les deux continents, créant ainsi une levée de bouclier de la part de partis politiques, organisations environnementales, syndicales, altermondialistes et citoyens européens.

Depuis le début des négociations officielles du TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership ), initiées en 2013, entre la Commission Européenne et les États-Unis, l'Allemagne est le pays qui se mobilise le plus contre la signature de ce traité.
En effet des partis politiques influents en Allemagne tels que Die Grüne, mais aussi die Linke ou le parti Pirate allemand se sont joints à différentes organisations non gouvernementales allemandes afin de lutter contre cette libéralisation des relations commerciales avec les États-Unis pouvant, selon eux, impacter, à terme, la liberté des États-nations et citoyens au niveau de la politique interne des pays, des questions environnementales ou encore de la politique agricole. Les défenseurs, que sont les lobbyistes cachés derrière les entreprises, libéraux ou encore certains gouvernements européens comme celui d'Angela Merkel, de ce traité y voient eux un déverrouillage des barrières qui empêchent jusque là la mise en place d'un marché internationale fluide. Il s'agirait, en effet, de donner plus d'uniformités entre les normes américaines et celles européennes afin de faciliter le commerce international en supprimant des freins financiers comme les droits de douanes et des obstacles non financiers, décrétés comme non nécessaires.

 

Les manifestants tout autour de la gare centrale de Berlin

Initialement appelé Tafta (Transatlantic Free Trade Area), et toujours nommé ainsi par ses détracteurs, le traité transatlantique a ensuite été renommé TTIP, le Transatlantic Trade and Investment Partnership, et est actuellement en négociation entre la Commission Européenne à Washington et Bruxelles, puis devra être ensuite validé par les représentants des 28 pays membres avant d'être soumis à un vote au parlement européen. L'entrée en vigueur de ce traité de libre-échange est prévu pour la fin de l'année 2015, période correspondante à la fin de l'investiture de Barack Obama.

 

L'accès arrière à l'Hauptbahnhof rendu inaccessible 

 

Cela laisse donc encore quelques mois aux anti-TTIP ou StopTafta de mobiliser le plus grand nombre de citoyens européens, dont l'information à ce sujet est très inégale selon les pays. En France, ce sont surtout les deux partis d'extrême gauche, le Front de Gauche, d'extrême droite, le Front National, qui se sont mobilisés contre.
En Allemagne, à l'instar de lutte contre le nucléaire, l'opposition à ce traité de libre échange est beaucoup plus importante et suivie par les citoyens comme la manifestation de ce samedi a pu le démontrer. Environ 250 000 personnes, venues de toute l'Allemagne en train et bus spécialement affrétés, ont répondu à l'appel européen à s'opposer contre la signature du TTIP par la Commission européenne.

 

Vers 13h le cortège au départ de la Washingtonplatz s'allonge de plus en plus

 

Certains partis politiques, organisation non gouvernementales, syndicats et protecteurs de l'environnement invoquent notamment trois mesures qui modifieraient, selon eux, profondément la liberté de l'Europe et des citoyens européens et reprochent une trop faible transparence sur les négociations qui restent, malgré une récente publication officielle, très opaques.
La première concerne la mise en place d'un un mécanisme de règlement des différends des entreprises (Investor-state dispute settlement appelé ISDS), au travers d'un tribunal arbitraire international, comme le Centre international de règlement des différends liés à l'investissement (Cirdi), siégeant à Washington et agissant déjà dans le cadre de nombreux traités de libre-échange signés entre les États-Unis et d'autres pays. Ce dernier permet aux entreprises d'attaquer un État, sans avoir à passer devant les tribunaux régis par la juridiction du pays, comme celle française, par exemple, les mettant ainsi sur un même pied d'égalité. Un tribunal de ce type donnerait donc la possibilité à une entreprise de faire plier une décision politique à un niveau interne ou européen au nom des accords de libre-échange.

Cette partie de l'accord est, certainement, une de celles la plus cité par les opposants comme le confirme cet habitant de Hambourg, venu à Berlin grâce à un bus affrété, comme trois autres, par l'organisation BUND (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland), une de celle organisant les manifestations anti TTIP : "Je suis venu exprès à Berlin en bus pour protester car je pense que le TTIP limite les libertés de chacun et je ne suis d'accord que les grandes entreprises aient les mains libres de faire ce que bon leur semble. Si elles le souhaitent, elles peuvent porter plainte contre les Etats et n'importe qui d'autres. Si par un exemple, un Etat se refuse à donner librement ses ressources en pétrole, une grande compagnie pourrait l'affaire devant le tribunal pour toucher des indemnisations et cela ne doit pas pouvoir se produire".

 

Des militants anti-TTIP venus de Hambourg pour manifester

 

Outre la mise en place d'un mécanisme de règlement des différends des entreprises, un autre point du traité est également abordé par ce militant environnemental : "Je travaille dans la filière bio et le TTIP pourrait également limiter la production biologique en Allemagne car si ces grosses compagnies veulent imposer leurs produits et marques, ils peuvent, à terme, réussir à interdire la vente de produits bio."

C'est en effet une des autres raisons qui pousse de nombreuses personnes à se mobiliser. Jean-Luc Mélenchon avait d'ailleurs déclaré, qu'avec la signature du TTIP, le temps des poulets au chlore dans nos assiettes n'était qu'une question de temps.
Ce point du traité est ce qui est entendu sous les termes « d'obstacles non financiers » qui, selon entreprises et certains Etats, obstruent au libre-échange tels que les quotas, certaines normes européennes différentes de celles américaines ou encore, la plus importante pour nombre d'Allemands, tout ce qui est relatif à la protection des données. Hors pour le moment, le peu d'information circulant autour des négociations actuelles laisse en suspens l'impact sur l'actuelle régulation européenne et, récemment, les gouvernements allemand et français ne sont pas déclarés très favorables à la mise en place d'un tel mécanisme.

 

 

Et lorsque la question de la création du nombre d'emplois est posée aux anti-TTIP, la réponse est sans appel. Ils n'y croient pas et pensent même que la libre concurrence détruirait à terme de nombreux emplois dans les domaines agricoles ou industriels qui ne peuvent rivaliser avec certaines grosses sociétés. "Nous vivons déjà dans un monde trop accès sur l'économie, trop capitaliste et les arguments concernant la croissance ne sont qu'une stratégie pour les grandes entreprises", commente le militant de Hambourg. Les défenseurs, quant à eux, tablent, en effet, sur une poussée de la croissance, grâce au TTIP, générant ainsi plus d'embauches.

 

Le cortège défilant sous la gare de Friedrichstrasse

 

A Berlin, les Allemands ont montré leur détermination à ne pas accepter la signature de ce traité qu'ils jugent comme nocif. Le cortège, qui a démarré depuis la gare centrale, a ensuite investi les rues de Berlin, noires de monde, en passant devant le Friedrichstadt-Palast puis dans la Friedrichstrasse rejoignant ainsi la Siegessäule en milieu d'après-midi. Une manifestation, qui malgré la foule, s'est déroulée sans incident et dans une bonne humeur musicale.

Texte et photos : Anaïs Gontier (http://www.lepetitjournal.com/Berlin) lundi 12 octobre 2015

 

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