Francfort

”ISCH LIEBEU DICHE” – Kai et Bruno : art et spiritualité forment l’essence de leur relation

Quelques messages échangés sur un site de rencontre "Homo", un après-midi pour faire connaissance et la découverte d’intérêts partagés donneront naissance à un couple qui affiche sept ans d’une relation basée sur la spiritualité et le goût pour les arts. Kai et Bruno, se sont volontiers prêtés au jeu de la douce inquisition de lepetitjournal.com/francfort dans leur vie privée, lors d’un après-midi ensoleillé autour d’un traditionnel "Kaffee und Kuchen".

(Photo VK lepetitjournal.com/francfort)

Père de trois enfants de 11, 15 et 17 ans qu’il aura avec sa précédente compagne française, Bruno, 51 ans, est originaire du sud de la France, a vécu en Corse, à Nice, à Cannes et à Paris avant de poser ses valises il y a plus de 20 ans à Wiesbaden qu’il ne quittera plus. Titulaire d’une licence de lettres modernes et d’une licence de cinéma, il exerce aujourd’hui comme artiste peintre mais aussi comme serveur dans deux cafés de la capitale de Hesse. Kai, quant à lui, a 37 ans et vient de Worms, ville située en Rhénanie-Palatinat. Il travaille comme ingénieur paysagiste pour la ville de Ludwigshafen. Découvrons leur duo franco-allemand fait de différences et de complémentarité !


Lepetitjournal.com/francfort - Quand et comment avez-vous rencontré votre partenaire ?

Bruno : nous nous sommes rencontrés en 2008 sur un site de rencontre Homo. Après quelques échanges sur la toile, nous avons très vite décidé de nous voir en chair et en os et Kai m’a invité chez lui. C’était un après-midi et le contact est tout de suite très bien passé. L’alchimie entre Kai et moi nous a même conduits à nous installer assez rapidement ensemble à Wiesbaden.

Kai : comme le dit Bruno, tout s’est passé assez vite après notre premier contact sur internet et nous avons constaté que nous partagions des goûts communs, pour l’art notamment.

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans la culture de l’autre ?

Bruno : il m’a fait "craquer". Il est tout simplement mignon (rires), réservé et spirituel. Sinon la langue est aussi un facteur d’attirance mais indépendamment de sa culture et de sa langue, je dois à Kai de m’avoir ouvert à la spiritualité et à l’univers des constellations familiales.

Kai : en ce qui me concerne, j’ai été séduit par son côté artiste et décontracté. Les Français sont en général plus détendus que les Allemands et ça me plaît. J’ai aussi trouvé très intéressant que Bruno soit père de trois enfants.

Et le moins ?

Bruno : son côté organisé, sa mentalité un peu terre à terre parfois, son besoin de sécurité et son manque de créativité.

Kai : au début lorsque les enfants étaient petits, c’était assez difficile avec la mère. Je ne me sentais pas complètement intégré mais cela n’avait probablement rien à voir avec ma nationalité. Notre relation l’a en effet gênée et je peux parfaitement comprendre cela mais aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre. Nous habitons dans le même quartier pour que les enfants voient leur père régulièrement.

Quelle est votre langue de communication ?

Bruno : c’est l’allemand qui est d’ailleurs une langue que j’aime et que j’apprécie pour  sa clarté et son degré de précision.

Kai : je peux comprendre pas mal de choses en français mais nous communiquons en effet en allemand entre nous. C’est plus simple car mon français scolaire est plutôt rouillé. Mais attention cependant…car je sais dire "arrête, ça suffit" (rires) quand il le faut !

Avez-vous rencontré des problèmes d'acceptation ou de compréhension de votre couple mixte dans votre entourage ?

Bruno : pas vraiment, je dirais même que ça a même été extrêmement facile dans ma famille. Ma mère âgée de 80 ans a accueilli Kai les bras ouverts quand nous lui avons rendu visite en Corse. D’une part, comme je ne joue pas à cache-cache avec ma sexualité, elle se doutait de mon attirance pour les hommes et d’autre part le fait que Kai ne parle qu’allemand n’a pas non plus été un redoutable obstacle. Elle m’a d’ailleurs confié amusée "Je ne comprends rien de ce qu’il dit mais on peut communiquer avec les mains et les pieds et j’apprécie surtout qu’il s’occupe très bien des enfants".
En revanche, que nous soyons deux hommes, plus que le fait que notre couple soit franco-allemand, n’a pas été simple à avaler pour les parents de la mère de mes enfants… Ils sont très catholiques et conservateurs.
Les parents de Kai, eux aussi, m’ont accueilli assez froidement au début de notre relation car je suis Français, homosexuel, plus âgé et père de 3 enfants… Aujourd’hui ça se passe bien, ils ont fini par m’accepter et nous avons même passé Pâques chez eux à Worms. Nous restons cependant discrets et ne nous embrassons pas devant eux.

Kai : mes parents savaient que j’étais homosexuel et même si notre constellation familiale leur paraissait intéressante, c’est vrai que la présence d’enfants dans notre couple les a quelque peu dérangés. Quant à la langue, comme Bruno parle parfaitement allemand, il n’y a pas de barrière linguistique qui entrave la compréhension.

Et les enfants ? Comment ont-ils réagi et comment vivent-ils votre relation ?

Bruno : les enfants sont nés ici, ont grandi entre deux cultures dans un environnement franco-allemand et connaissent depuis tous petits notre schéma familial. A partir du moment où il y a de l’amour et du respect, rien n’est un problème.

Kai : je m’entends très bien avec eux et inversement.

Constatez-vous des différences culturelles et si oui quelles sont-elles ?

Bruno : Kai a tendance à planifier les vacances un an à l’avance alors que je suis plus spontané. Il veut tout analyser, tout contrôler et je lui dis souvent "laisse donc faire les choses". Il attache beaucoup d’importance aux objets, au matériel. La voiture c’est sacré ! De mon côté, je suis plus bohême mais j’avoue que j’ai appris à ses côtés et cela m’a aidé à organiser ma vie, mon plan retraite, à me structurer pour mes impôts par exemple. Nous sommes complémentaires.
Aussi, il boit de l’eau gazeuse et moi de l’eau plate et bien souvent de l’eau du robinet. Je n’ai jamais pu me faire à l’eau qui pétille en Allemagne !

(Photo VK lepetitjournal.com/francfort)

Kai : je trouve que les Français ne sont pas assez ponctuels en général et Bruno ne déroge pas à la règle. Les repas avec lui durent beaucoup trop longtemps et il mange de tout ! Poulet, bœuf, mouton, porc, abats… et moi je suis végétarien voire végétalien. Il prend un repas chaud le soir alors que je suis habitué comme de nombreux Allemands à me nourrir de mon "Abendbrot", un repas froid composé de pain tartiné de fromage par exemple et accompagné d’une éventuelle salade. Je ne comprends pas non plus qu’il boive de l’eau du robinet. Bref, faire un repas commun était devenu un véritable challenge et nous avons préféré décider de cuisiner séparément en fonction de nos goûts et habitudes alimentaires. Par ailleurs, je redoute un peu tous ces échanges interminables de "bises" lorsque nous sommes dans sa famille. C’est un peu trop pour moi.

Selon vous est-ce plus facile en France ou en Allemagne d’être homosexuel ?

Bruno : en Allemagne assurément.

Kai : j’ai longtemps pensé que la France était un pays plus libéral et acceptait mieux les couples homosexuels mais les manifestations organisées massivement contre le mariage gay ces derniers mois m’ont fait changer d’opinion. Les Français me semblent beaucoup plus conservateurs que l’on ne s’imagine.

Quel a été votre dernier fou rire ?

Bruno : lors des derniers comptes d’apothicaire de Kai. Il passe en effet un temps fou à éplucher nos comptes et récemment il est arrivé au bilan suivant : je lui devais 70 centimes d’Euros ! Lorsqu’avec le plus grand sérieux il m’a réclamé de rembourser mes dettes, cela m’a fait éclater de rire.

Kai : oui c’est vrai, j’ai fini par en rire aussi.

Quel a été son plus beau cadeau ?

Bruno : l’ouverture à la spiritualité.

Kai : un tableau qu’il a peint lui-même. Il a réalisé un portrait de l’acteur qui incarne Spiderman avec une araignée dans la main alors que j’avais peur des araignées ! C’est probablement ce tableau qui a entre autres permis d’atténuer mon arachnophobie.

Vos projets à deux ?

Bruno : acheter une ferme à la campagne entre Wiesbaden et Worms.

Kai : nos prochaines vacances en camping en Corse près de la famille de Bruno.

Quel objet pourrait être le symbole de votre relation et pourquoi ?

Bruno : le petit chien en pâte à modeler que je lui ai offert. C’est en effet l’art qui nous relie.

Kai : une "Lampe-cochon" comme celle que l’on voit dans le film "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain". C’est un cochon triste en robe de chambre, à la fois drôle, sincère, kitsch et pantouflard.

Si vous deviez définir votre relation en un ou deux mots, quels seraient-ils ?

Bruno : amour et spiritualité.

Kai : chaos créatif !

Interview réalisée par Valérie Keyser (www.lepetitjournal.com/francfort), mardi 21 avril 2015

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