Ho Chi Minh Ville

NICOLE HANKINS – "On ne nous parlait jamais vietnamien à la maison, cette langue était derrière nous."

Nicole est une viet-kieu (vietnamiens d’outre-mer) qui habite à Ho Chi Minh-Ville depuis 2003. Elle dirige des centres de Fitness un peu partout en ville. Elle est à la fois vietnamienne, française et américaine. Plusieurs nationalités qui sont liées à son histoire de famille, comme beaucoup de Viet-Kieu. Après une longue absence, Nicole (Ngoc de son nom d’origine) a décidé de revenir dans son pays. Comme pour beaucoup de Viet-Kieu, ce retour ne s’est pas fait facilement. Elle revient sur son histoire.

Le Petit Journal.com/Ho Chi Minh-Ville : Nicole, vous êtes installée au Vietnam. Considérez-vous qu’il s’agit d’un "retour au pays" ou plutôt d’un "aller vers votre pays d’origine" ?

Nicole Hankis: Pour ma part il s’agit un peu des deux. Je suis revenue au Vietnam pour des raisons professionnelles mais la volonté de revenir était en moi depuis des années. Il ne m’a fallu qu’un prétexte. Après y être allé une fois puis deux, l’idée de m’installer ici pour de bon a commencé à germer. J’étais à cette époque à un tournant de ma vie. Ma famille était contre cette idée, mais je suis quand même venue.

Justement, parlez-nous de ce qu’a pensé votre famille sur votre retour au Vietnam ?

Ma famille n’était pas d’accord, surtout mon père. Nous avions fui la guerre et mon père ne comprenait pas mon besoin d’y revenir.

Après l’Offensive du Têt en 1968 (opération militaire menée en 1968 par les forces combinées du « Front national de libération du Sud Viêt Nam » (ou Viet Cong) et de « l'Armée populaire vietnamienne » pendant la guerre du Viêt Nam), la situation s’est compliquée.

Mon père, originaire de Hanoi, avait peur du communisme. Il a décidé qu’il fallait que nous quittions le pays où nous risquions trop. Nous ne sommes partis que dans les années 70 car il fallut du temps pour organiser notre départ (nous sommes 7 enfants). Nous sommes partis nous installer à Paris et lorsque j’eue 18 ans, nous sommes partis vivre en Californie.

On ne nous parlait jamais vietnamien à la maison, cette langue était derrière nous. J’ai dû réapprendre le vietnamien quand je me suis installée ici.

Pour mon père, qui avait travaillé si dur pour « nous sortir de là », me voir revenir ici était une totale incompréhension. Le monde avait changé, le Vietnam avait changé mais il restait convaincu que le pays était toujours dangereux. Les médias avaient diffusé tant d’images pendant la guerre que ma famille restait convaincue de ma bêtise et des risques que j’encourais à revenir.

« On ne nous parlait jamais vietnamien à la maison, cette langue était derrière nous. J’ai du réapprendre le vietnamien quand je me suis installée ici. »

Après que votre famille ait quitté le Vietnam, aucun d’entre vous n’y est revenu?

Non, jamais. Mon père avait «rompu» avec son pays de naissance pendant la guerre. Nous sommes 7 filles et aucune de mes sœurs avant moi n’étaient revenue non plus. On me disait qu’on allait me prendre mon passeport, qu’on allait me questionner, qu’on allait me malmener. Il n’en fut rien.

A l’époque où j’ai commencé à revenir au Vietnam, le pays était en mutation mais ça restait encore le bazar. Il y avait moins beaucoup moins d’étrangers. Dans le vol qui m’emmenait au Vietnam, il n’y avait que des asiatiques.

Votre famille est-elle revenue après que vous ayez commencé à voyager au Vietnam ?

Oui, après mes premiers voyages au Vietnam, j’ai réussi à convaincre mes sœurs de venir en visite. Ce n’était pas facile car elles avaient peur.

Avant que mon père ne tombe vraiment malade, j’ai réussi à le convaincre de revenir au moins une fois voir de ses yeux. Il avait encore des frères à Hanoi, qu’il n’avait pas vu depuis des dizaines d’années. Il ne les avait pas oubliés. Il leurs envoyait des colis remplis d’articles que ses frères pouvaient revendre ici. Les retrouvailles furent émouvantes.

Avez-vous eu un choc culturel en arrivant ?

Le choc a été important oui, surtout par rapport à la Californie. Manger par terre, sur les trottoirs… Je ne m’y attendais pas. Mais j’ai tout de suite eu envie de goûter et d’apprendre le vietnamien.

Etre une viet-kieu a ses avantages et ses inconvénients. Les gens dans la rue voient tout de suite que je suis une viet-kieu. Ils sont souvent curieux de mon histoire. Mais ils pensent tous que les viet-kieu sont des gens riches !

Je me suis mise à leur place et dans leurs peaux au maximum pour voir comment eux me voient et pourquoi ils pensent comme cela. Je l’ai voulu et pour m’immerger au mieux j’ai accepté de changer.

« Plus je vis ici, plus je veux y rester »

Vous avez trois nationalités. Avez-vous un attachement particulier pour un pays ?

Je suis attachée à chacun de ces trois pays car ils représentent tous quelque chose. Avec le recul je sais que je ne pourrais plus jamais vivre aux USA. La mentalité américaine trop organisée ne me convient plus.

J’aime l’ambiance ici et le perpétuel renouveau. Plus je vis ici, plus je veux y rester…

 

Marine Hérisset (lepetitjournal.col/Hochiminhville) 7 Octobre 2015

 
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