SEBASTIEN MOBRE - Le sprint dans un fauteuil


Sébastien Mobré a un palmarès plus étoffé que celui de Christophe Lemaître : 16 fois champion de France, champion du monde du 100 m (2011), vice­champion du monde sur 200 et 400 m (2011), finaliste sur 100 et 200 m aux Jeux Olympiques de Londres, vice­champion d'Europe sur 200 m et médaillé de bronze sur 100 m (2014). Pourtant, l'un et l'autre n'ont ni la même médiatisation, ni les mêmes financements. Sébastien Mobré court... dans un fauteuil. À quelques jours de rejoindre le Qatar pour disputer les championnats du monde, il évoque son prochain gros objectif : les Jeux Olympiques 2016, à Rio.

Lepetitjournal.com : Comment en êtes­-vous venu au sprint ?
S. Mobré :
Je suis un ancien nageur. J'ai disputé quelques compétitions, mais j'avais à peine le niveau national. Quand j'ai voulu me perfectionner, je suis partie en Tunisie avec mon ancien club mais je me suis sectionné deux tendons à la main. Je n'ai jamais pu retrouver le niveau que j'avais avant... Je suis un compétiteur dans l'âme donc j'ai dû faire un choix : soit je continuais juste à me faire plaisir dans l'eau soit je testais une autre discipline. Donc j'ai essayé un peu tout : basket,tennis... Mais je n'ai pas vraiment accroché sur un sport précis : je n'avais pas assez de sensations, de plaisir... Je tournais un peu en rond à chercher un sport quand un ancien collègue m'a parlé du marathon. Et me voilà parti...

Le marathon ? Mais c'est très différent du sprint !
Oui, mais à l'époque, je me suis dit “Pourquoi pas !” Sauf que je n'avais pas compris qu'un marathon, c'est 42 km ! Le premier que j'ai couru, je n'étais pas vraiment préparé. Le but était simplement de le finir, pas de réaliser une perf. C'était en Normandie, et j'ai fait un chrono horrible! Finalement, je l'ai terminé ce marathon. Et sur la ligne d'arrivée, un représentant de la fédération française handisport est venu me voir et il m'a dit : “Tu peux arrêter, le marathon, ce n'est pas pour toi !” Je le savais mais j'étais quand même déçu. Mais il a enchaîné : “Par contre, je te verrai bien sur le sprint.”

Vous avez été retenu rapidement en Équipe de France...
J'ai pris ma licence en 2004. À l'époque, je m'alignais sur le 100, 200 et 400 mètres. Et pour ma première compétition lors de mes premiers championnats de France, je gagne mon premier titre (1) ! Donc effectivement, j'ai été très vite repéré par le dispositif France, et j'ai intégré l'Équipe de France en 2010. La même année, je bats le record d'Europe (17''25) sur le 100 m. J'ai ensuite enchaîné avec les championnats du monde en Nouvelle­Zélande où j'ai décroché l'or sur 100 m, et l'argent sur 200 et 400 m. En 2012, je participe aux Jeux olympiques. J'avais mis toutes les chances de mon côté avec une bonne préparation mentale, la pratique de la sophrologie,... Mais je me suis mis une grosse pression, je ressentais à la fois beaucoup d'émotion et beaucoup de stress. Je suis double finaliste sur 100 m (5e place) et 200 m (7e). Donc je n'obtiens pas de médaille mais c'était une belle expérience. Deux ans plus tard, aux championnats d'Europe, j'obtiens l'argent sur 200 m et le bronze sur 100 m.

Vous préparez deux grosses échéances...
Effectivement, le 18 octobre, je pars à Doha pour les championnats du monde. L'objectif sera de bien figurer sur le 100, 200 et le 800, juste pour rigoler ! C'est une course plus tactique, où on n'est pas en couloir mais tous ensemble.

Il y a surtout les Jeux olympiques, à Rio.
C'est le gros objectif cette olympiade ! Je ferai partie des plus vieux compétiteurs et la concurrence sera très présente sur toutes les distances. J'en suis conscient donc on je prépare ça. Mais je compte bien montrer aux jeunes que je peux les embêter jusqu'au bout ! »

Et après 2016 ?
C'est un gros point d'interrogation ! J'ai 34 ans aujourd'hui. Quand on a fait le tour de quelque chose, on passe à autre chose. Il faut savoir partir au bon moment. Généralement, à ce moment­là d'une carrière, trois possibilités s'offrent à un athlète : soit il décide d'arrêter, soit il arrête sur blessure, soit on lui dit : « Tu n'as plus le niveau, tu dégages ». Je ne veux pas des deux dernières options ! Je veux partir quand je l'aurai décidé.

Vous avez d'autres projets professionnels et personnels ?
Me marier en 2017 avec ma fiancée ! Elle est très présente et je ne serai pas l'athlète que je suis aujourd'hui sans un bon entourage familial. Aurélie et Olivier, mon coach, sont derrière moi au quotidien, pour m'encourager, dans les gradins. L'entraîneur est obligatoire, il permet de garder une vie sociale pour rester les pieds sur terre. On vit aussi ce sport pour des moments magiques et faire vivre des moments forts à nos proches. Aux Jeux olympiques de Londres, vous avez des milliers de personnes autour de vous et vous voyez votre mère et votre femme pleurer ensemble dans les gradins. Il n'y a que dans le sport qu'on voit ça !

C'est également des messages que vous souhaitez faire passer.
Par le biais du sport, on peut passer énormément de messages. D'espoir, d'encouragement, de découverte. A la fois pour ceux qui viennent de se retrouver en fauteuil et à qui il faut dire que la vie ne s'arrête pas, à la fois pour dire aux autres « On existe ! » Les journées de sensibilisation autour du handicap servent à ça. On n'a pas ce genre de communication dans les centres de rééducation ! Il faut faire bouger les choses, changer le regard des gens, il y a tellement de choses à améliorer ! Alors si je peux aider, je le fais et je le fais à fond.

Cela passe aussi par plus de médiatisation du handisport...
Depuis les JO de Londres, nous bénéficions d'une meilleure médiatisation même si l'on n’atteindra jamais le niveau des valides. Les chaînes ont retransmis une heure par jour, et en différé ! On ne demande pas forcément de la médiatisation, de la notoriété. Il faudrait simplement faire les choses intelligemment : mettre l'accent sur la communication des compétitions des athlètes handicapés et pourquoi pas programmer nos jeux en pré­olympiade. Là, on passe après les valides, après 10 jours d'épreuves retransmises sept heures par jour donc on peut comprendre que les téléspectateurs en aient ras­le­bol de regarder du sport !
On a l'impression que nos idées sont écoutées dans les hautes instances, mais le problème reste le côté financier. Au niveau organisationnel et des infrastructures, ça reste compliqué visiblement d'attaquer des olympiades plus tôt.

Vous vous entraînez à Aix­-les­-Bains, aux côtés d'un certain Christophe Lemaître, qui a finalement un palmarès moindre par rapport au vôtre...
Oui c'est vrai ! Et pourtant, il est beaucoup plus médiatisé que moi ! On a d'ailleurs ni les mêmes sponsors, ni les mêmes financements ! Un fauteuil comme le mien coûte 8 000 euros... On se voit souvent mais il y a un peu de distance même si on essaye d'être ouvert. On sait que c'est comme ça, on ne fait pas ce sport pour l'argent, la notoriété. Ce qui me plaît, c'est de me faire mal à l'entraînement et de donner tout ce que je peux.

 Propos recueillis par Marie Varnieu (www.lepetitjournal.com)

(1) Sébastien Mobré en cumule aujourd'hui 16.

Athlète SNCF: Sébastien Mobré fait partie des athlète qui bénéficient d'un contrat d'insertion professionnel avec la SNCF (CIP). Employé à Aix­les­Bains, le sprinter, qui figure sur la liste ministérielle des athlètes de haut niveau, peut consacrer 70 % de son temps à s'entraîner. Il sera entièrement détaché à compter du 1er avril 2016 pour préparer les JO de Rio.

 
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