Istanbul

LYCÉE PIERRE LOTI - Retour sur les résultats du Bac, les effectifs en hausse, les réformes scolaires, les travaux réalisés

Proviseure du lycée et école Pierre Loti à Istanbul depuis deux ans, Dominique Cornil accompagnée de Xavier Bocquel, proviseur adjoint, fait un bilan à mi-parcours de son expérience, de ses projets pour le lycée. Cette proviseure qui affirmait aimer les challenges il y a deux ans, n’a rien perdu de sa soif de défi et soutient son choix d’expatriation - "Si j’étais amenée à refaire cette expatriation je la referais sans hésitation"

Lepetitjournal.com d’Istanbul : C’est la rentrée! Peut-on faire un point sur les résultats du Bac? Comment avez-vous trouvé cette session 2015 ? Quelle orientation ont choisi vos bacheliers cette année ? Quel pourcentage d’élèves partent en France par exemple?

L'équipe de direction: Xavier Bocquel, Dominique Cornil et Yves Tampellini de gauche à droite (photo MD)

Dominique Cornil et Xavier Bocquel: Nous avons eu le même pourcentage de réussite cette année que l’an passé, soit 94,21% de réussite au bac. Nous avions 69 élèves en terminale, toutes filières confondues. La particularité de nos élèves au lycée Pierre Loti? Leurs très bons résultats en langue, liés à leurs bilinguisme. Nos élèves apprennent l’anglais très tôt, dès la grande section. Il y a une culture de l’enseignement des langues en Turquie, nos élèves n’ont pas cette réticence que l’on peut rencontrer en France, qui peut être marquée par cette peur de s’exprimer en public. Etant dans un contexte international, nos élèves sont conscients de la valeur des langues. Ce qui est intéressant, c’est que ces mêmes enfants qui se sentent perdus dans ce “brouhaha” de langue à leur arrivée se sentent pris dans une forme de dynamisme positif leur permettant de rattraper le niveau de façon assez rapide. 60% de nos bacheliers ont choisi la France cette année pour leurs études post-bac, 10% ont choisi la Turquie, tandis que 30% d’entre eux ont choisi le reste du monde (13,3% continuent leurs études en Suisse ou en Belgique). Concernant les orientations, 1/3 des bacheliers ont choisi d’aller en fac, 1/5 se sont dirigés vers des écoles de commerces ou d’ingénieurs, une élève a été reçue à Sciences Po Paris tandis que le reste de nos élèves entament leurs cursus post-bac en DUT ou BTS. Nous avons énormément de mal à orienter nos élèves vers les classes préparatoires. Il faut noter que le système des classes préparatoires n’est pas très connu en Turquie.

Lors de notre première rencontre, vous nous aviez appris que l’ensemble “école+lycée” comptait 1.324 élèves. Qu’en est-il aujourd’hui ? Vous disiez aussi souffrir de l’étroitesse des locaux. Est-ce que les choses ont changé ?

Pour la rentrée 2015, l’ensemble “école + lycée ”compte 1.391 élèves. Il n’y a pas eu d’augmentation des divisions, les classes sont seulement un peu plus chargées pour certaines. Il y a de plus en plus d’arrivées au lycée, le retour de Franco-Turcs est assez important.

Sur les 1.391 élèves présents, 826 élèves sont français dont français bi-nationaux (les franco-turcs sont également considérés comme français car détenteurs de la nationalité française). 

Nous souffrons encore plus de l’étroitesse de nos locaux, vu l’augmentation du nombre d’élèves. En primaire il y a des classes à 28 élèves. On essaye de maintenir pour les maternelles et les CP des effectifs à 22 élèves. Les parents sont choqués à l’entrée en CE1 car les classes sont composées de plus de 28 élèves. Malheureusement, nous avons dû refuser certains élèves à l’entrée en CE1 lors de cette rentrée.

Nous attendons encore la signature d’un accord bilatéral afin d’avoir les autorisations nécessaires nous permettant de déménager. Nous sommes en incapacité d’ouvrir une nouvelle salle de classe. La France est le pays au monde ou il y a le plus de solutions d’enseignement à l’étranger. Il y a 494 établissements AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) représentés dans 136 pays. Nous orientons les parents d’élèves que l’on ne peut pas accepter vers un système d’enseignement français assez remarquable, le CNED. Nous avons l’obligation de scolariser les enfants français dans la limite des places disponibles, mais la limite a été atteinte cette année. 

En l'espace de deux ans, de nombreuses réformes scolaires ont eu lieu en France, qu’en est-il pour le lycée et l’école Pierre Loti? 

Toutes les réformes sont appliquées à la lettre. Nous étions en avance sur la réforme des rythmes scolaires. Les programmes de maternelle se mettent en place cette année. Il y a également un nouveau découpage des cycles qui se fera à la rentrée prochaine, en septembre 2016. La principale nouveauté est le cycle 3 qui comprend les classes de CM1, CM2 et 6ème. Nous avons élaboré également un nouveau projet d’établissement 2015-2018, visible sur notre site. Ce projet d’établissement suit le plan d’orientation stratégique de l’AEFE, nous pensons numérique et valeurs citoyennes.

L’enseignement des activités artistiques est très important pour vous. Il y a un club de théâtre au lycée depuis de nombreuses années, et vous prévoyiez de créer un club de cinéma en 2013. Avez-vous pu réaliser votre projet ? Quels sont les autres projets en cours ?

L’atelier cinéma a fait sa rentrée la semaine dernière. Il est ouvert principalement aux élèves de terminale, qui sont les seuls à pouvoir bénéficier d’un créneau horaire le vendredi après-midi en dehors des devoirs sur table. Cet atelier cinéma est animé par un professeur de philosophie, qui diffuse des films chaque semaine en rapport avec le thème de philosophie abordé en cours. Concernant les différents projets mis en place, un voyage à Paris, un en Espagne et deux en Turquie sont prévus au cours de l’année scolaire 2015-2016 pour les différentes classes de seconde, et je suis fière que les élèves du lycée Pierre Loti aient gagné un grand nombre de concours tels que Paroles de Presse, Ambassadeurs en herbe … 

En interne, j’ai mis en place une cellule “projet d’établissement” composée de professeurs et de membres de la direction du lycée et de l’école Pierre Loti. Cette cellule se réunit de façon régulière afin d’échanger. On se nourrit mutuellement en comprenant ce que font les autres dans leurs disciplines respectives. 

Nous avons publié une offre d’emploi à la rentrée où vous disiez rechercher un prof de français, la rentrée étant déjà entamée. Avez-vous pu trouver l’enseignant ? Comment avez-vous géré l’absence de ce professeur pour les classes concernées ?

Bonne nouvelle! Le professeur de français a pris ses nouvelles fonctions ce lundi, cela a mis un peu de temps car il est arrivé de France. Il n’y a pas eu de professeur de français pendant plus d’un mois. Les collègues ont pris en charge les différentes classes concernées et se sont relayés au mieux afin de leur assurer des cours de français. Les élèves ont pour la plupart reçu la moitié de leurs cours de français.

Il y avait, selon certains dires, un laisser-aller dans les règles de discipline au sein de l’établissement lorsque vous l’avez repris. Il se dit que vous êtes très attentive à la manière dont s’habillent vos élèves à l’entrée du lycée par exemple, et que vous êtes plus stricte au niveau du respect des règles élémentaires de bonne conduite. On dit de vous que vous tenez votre établissement d’une main de fer dans un gant de velours. Qu’en est-il exactement ? 

Dominique Cornil : La main de fer non! Dans un gant de velours peut-être (rires). En réalité, j’ai toujours été sensible à la tenue vestimentaire au sein de l’établissement. Je tente d’être le plus souvent possible présente au portail, ce qui me permet de contrôler les tenues vestimentaires tout en établissant une prise de contact avec l’ensemble des élèves. Il est interdit de rentrer dans l’enceinte de l’établissement avec des écouteurs, ou des casques audio. On tente de faire des rappels à l’ordre concernant la tenue le plus souvent possible. Depuis mon arrivée, nous n’avons eu qu’une seule commission éducative qui a mené à une exclusion temporaire d’une semaine, aucune commission disciplinaire n’est à noter.

J’aimerais évoquer également la multitude de travaux réalisés au sein de l’établissement dont le but premier est le renforcement des contrôles de sécurité. L’association d’élèves de l’établissement, en collaboration avec l’ambassade de France, a permis un contrôle renforcé des zones d’entrée et de sortie des élèves ainsi que la récupération d’une zone d’évacuation. 

Deux ans après votre arrivée, comment trouvez-vous Istanbul ? Toujours aussi fascinante ? Quel bilan personnel tirez-vous de ces deux années en tant que proviseure ? 

Dominique Cornil : Cette ville est toujours aussi fatigante, chaotique mais fascinante ! Un lycée français à l’étranger c’est très intéressant, c’est un challenge et je pense être bien tombée. Je suis très bien entourée au sein de mon équipe pédagogique, cela est extrêmement important pour moi. 

Xavier Bocquel: C’est une ville merveilleuse, chaque ville est unique mais Istanbul est à part. J’adore les villes de croisement, de carrefour d’influence et de richesse à l’image d’Istanbul. 

Propos recueillis par Meriem Draman et Farida Ouriachi (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 8 octobre 2015

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