Istanbul

ATTENTAT - Au moins 95 morts lors d'une marche pour la paix à Ankara

 

 

A trois semaines des élections législatives, un attentat sanglant a frappé samedi la capitale turque, Ankara. Le gouvernement a annoncé un deuil national de trois jours. 

Quatre-vingt-quinze morts, près de 250 blessés, et le bilan est encore provisoire : la Turquie a subi, ce samedi 10 octobre, la plus lourde attaque terroriste de son histoire. Deux explosions ont éclaté, à quelques secondes d’intervalle et une cinquantaine de mètres de distance, devant la gare de la capitale, Ankara. Des bombes remplies de billes ont frappé à l’endroit précis où des milliers de personnes s’étaient donné rendez-vous, samedi vers 10h heure locale, pour former le cortège d’une grande "marche pour la paix". Syndicats, partis de gauche, chambres professionnelles… Les manifestants arrivaient de toute la Turquie.

Dessin que nous transmet l'une de nos lectrices, Caroline Gaujour.

Dans les heures suivant l'attentat, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a confirmé la piste d'un attentat suicide – commis sans doute par deux kamikazes bardés d’explosifs TNT et de billes d’acier. Faute de revendication, le chef du gouvernement a énuméré quatre suspects : le groupe État islamique (EI ou Daech), le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) et le Parti communiste marxiste-léniniste (MLKP). Dimanche, deux sources haut placées au sein des services de sécurité, citées par l’agence Reuters, désignaient l’EI comme la piste "privilégiée".

Dans un communiqué, le chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan a condamné "fermement cette attaque haineuse contre notre unité et la paix dans notre pays (…) La détermination et la solidarité que nous allons montrer après cette attaque sera la réponse la plus forte et la plus significative au terrorisme."

Un deuil et des questions

Qui et pourquoi ? Telles sont les deux questions qui demeuraient sans réponse certaine, dimanche. On peut même ajouter une troisième question : comment ? Comment deux kamikazes ont-ils pu se faire exploser dans le centre de la capitale turque, alors que le rassemblement était annoncé depuis plus d’une semaine ?

Avant même les premiers résultats de l’enquête, le ministre de l’Intérieur Selami Altınok a d’ores et déjà écarté toute défaillance des services de sécurité, et donc toute perspective de démission. "Des fouilles allaient avoir lieu à l’entrée de la place réservée au meeting (…) Je ne pense pas qu’il y ait eu une négligence de sécurité", a-t-il assuré en conférence de presse samedi. Plus prudent, le Premier ministre a promis que "si des négligences étaient constatées, des mesures seraient prises".

Le HDP accuse

Mais pour les organisateurs de cette marche pacifiste, la vraie responsabilité est ailleurs. C'est en particulier l'avis du Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde. Lors des législatives du 7 juin, ce jeune parti avait remporté 13 % des suffrages et 80 sièges au Parlement, contribuant à faire perdre au parti du président Recep Tayyip Erdoğan, l’AKP (Parti de la justice et du développement), la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans.

Samedi, le HDP a fait le lien entre le double attentat d’Ankara et un autre attentat suicide survenu le 20 juillet, qui avait fait 32 morts parmi des militants de la cause pro-kurde dans la ville de Suruç, proche de la frontière syrienne. A l’époque, déjà, le kamikaze avait fait exploser une bombe chargée de billes. Le gouvernement avait attribué l’attentat au groupe djihadiste État islamique (EI). 

"Est-il possible qu’un État dont les agences de renseignement sont si puissantes et qui nous observe nuit et jour puisse ne pas avoir été au courant ?" a lancé samedi le co-président du HDP, Selahattin Demirtaş, avant d’accuser directement – "Cette attaque n’a pas été perpétrée contre notre État et notre nation, mais par l’État contre le peuple" – sans présenter de preuves. Et de rappeler que l’attentat à Ankara survient le jour même où le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé une période "d’inactivité" jusqu’aux élections législatives anticipées du 1er novembre. La guerre entre le PKK et l’État turc avait repris cet été après deux ans de cessez-le-feu. Un regain de violences particulièrement meurtrier, que les manifestants pacifistes entendaient dénoncer samedi.

 

Le PKK respectera-t-il cette "période d’inactivité" malgré l’attentat d’Ankara ? Il est d’autant plus permis d’en douter que le gouvernement lui-même – et le président Erdoğan en particulier – n’entendent montrer aucun signe de faiblesse dans ces dernières semaines de campagne électorale. L’armée turque a d’ailleurs annoncé dimanche avoir mené de nouvelles frappes aériennes contre le PKK dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l’Irak. Le même jour, deux soldats ont perdu la vie dans des affrontements à Erzurum.

 

 

Istanbul (www.lepetitjournal.com/istanbul) lundi 12 octobre 2015

 

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