Istanbul

TÉMOIGNAGES – Maghrébin(e)s : "J’ai trouvé du travail à Istanbul"

Algériens, Marocains, Tunisiens… Ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance dans la mégapole turque. Lepetitjournal.com d’Istanbul est allé à la rencontre de trois femmes maghrébines. Trois femmes aux expériences professionnelles et personnelles différentes, qui ont été amenées à poser leurs bagages en Turquie, dans le but de trouver un emploi. Entre déceptions et anecdotes, découvrez le portrait et le parcours de trois personnes tombées sous le charme d’Istanbul

Saida Bensalah, directrice de l'entreprise Duhasa en Turquie

1) Où avez-vous grandi ? étudié ? travaillé avant d’arriver à Istanbul ?

J’ai grandi en Algérie. Mon premier mari était médecin, j’ai eu deux enfants avec lui, un garçon de 23 ans et une fille de 20 ans. J’ai reçu le diplôme pour exercer le métier de sage-femme en 1988 en Algérie, mais j’ai du arrêter mon emploi pour m’occuper de mes enfants. À la mort de mon père en 2010, je suis venue à Istanbul pour un voyage touristique accompagnée de mes enfants. Je suis revenue par la suite à Istanbul dans le seul but de visiter la ville en 2011, 2012 et 2013. J’ai beaucoup d’amis turcs qui me disaient de venir m’installer après mon divorce, et je suis effectivement venue par la suite. 

2) Comment s’est fait le choix de venir vivre à Istanbul pour y travailler ? Est-ce une réflexion de longue date ou bien un coup de tête ?

En 2013, j’ai décidé de m’installer à Istanbul. Au début, mon métier consistait à accueillir des groupes de touristes algériens venus visiter la ville. J’ai fait cela durant cinq mois. Par la suite, j’ai été recrutée par une agence située à Osmanbey. J’ai travaillé trois mois pour cette agence, sans être payée. Après l’expérience à Osmanbey, j’ai fait du baby-sitting chez un couple franco-turc. 

J’adore Istanbul ! Il y a comme un aimant qui m’attire. J’ai visité beaucoup de pays, mais je n’ai jamais eu la sensation ressentie à Istanbul. Le choix s’est fait sur un coup de tête, le fait d’avoir des amis turcs a facilité les choses. Ils m’ont ouvert leurs bras en me motivant à venir m’installer en Turquie. Ma rencontre sur Facebook avec mon second époux m’a décidée à poser mes bagages à Istanbul.

3) Comment la Turquie est-elle perçue, en général, dans votre pays d'origine? Quelles sont les questions les plus fréquentes que l'on vous pose au sujet de votre pays en Turquie ?

Les Algériens aiment beaucoup les Turcs. Il y a énormément de Turcs installés en Algérie. Je n’avais aucune image de la Turquie avant d’y venir. Vous savez, le jour où je suis allée à l’agence de tourisme pour réserver mon premier voyage avec mes enfants, ils m’ont donné le choix entre le Maroc et la Turquie comme destination. J’ai choisi le Maroc car je souhaitais découvrir Marrakech. Mes enfants m’ont poussée à choisir la Turquie et à mon arrivée sur le sol turc, c’était magique. Je visite beaucoup de villes ici, mon but est de faire toute la Turquie! Ce que j’aime le plus, c’est l’Histoire, les mosquées, les petites villes… Il y a tellement de bons côtés dans ce pays que j’en viens à en oublier ses inconvénients. J’ai néanmoins un grand amour pour la population turque tant elle est respectueuse. 

ll y a beaucoup de questions fréquentes sur l’Algérie : Pourquoi les Algériens ne comprennent pas les Turcs? Pourquoi sont-ils “malhonnêtes”? etc. J’ai rencontré beaucoup de Turcs souhaitant s’installer en Algérie pour y travailler. 

4) Vous vivez à Istanbul depuis deux ans. Comment s’est passée l’installation ? Avez-vous trouvé du travail rapidement ?

J’ai toujours payé mon loyer grâce à mes économies. Le salaire provenant des visites avec les touristes algériens ne couvrait pas mon loyer. Je compensais avec mes économies, je faisais des calculs. Il y a une différence de coût de la vie entre la Turquie et l’Algérie. J’ai eu du mal à trouver du travail. Combien de fois ai-je pensé à faire mes valises pour retourner en Algérie, mais il y a eu toujours quelque chose qui m’a retenue sur place. 

Quand j’ai décidé de me marier, mon mari m’a proposé de créer une petite entreprise avec le reste de mes économies et les siennes. On était trois associés au début, nous sommes actuellement deux. Duhasa est une société d’import-export, de tourisme médical. Nous commercialisons également du matériel de construction car mon mari est architecte de métier.

Jamais un Turc ne vous payera en salaire mensuel. Les rémunérations sont majoritairement à la commission. 

Avant la création de la société, j’ai toqué aux portes afin de savoir si je pouvais exercer mon métier de sage-femme. Un médecin turc m’a conseillé de valider mon diplôme à Ankara. On devait m’indiquer par la suite l’hôpital dans lequel je devais être stagiaire. Ce même médecin turc m’a proposé de m’embaucher après ma période de stage à la condition d’être payée à la commission. J’ai refusé et j’ai ainsi laissé tomber. 

Notre société ne fonctionne pas très bien, je continue de toquer aux portes. Je sais que la Tunisie commence à travailler avec la Turquie. Le Maroc et la Tunisie sont deux pays avec lesquels j’aimerais travailler, j’ai mis l’Algérie de côté.  

5) Comment trouvez-vous le marché de l’emploi à Istanbul ? Est-ce que vous conseilleriez à vos amis/proches de venir ?

J’ai conseillé à mon fils de venir travailler en Turquie, il est diplômé en informatique. J’ai également conseillé à ma fille de venir. J’ai une connaissance rencontrée au niveau du consulat, qui m’a expliqué qu’elle travaillait comme couturière dans une entreprise turque alors qu’elle était avocate en Algérie, cela montre à quel point il est difficile de trouver un emploi en Turquie équivalent à ses compétences et diplômes ! J’ai cette volonté d’installer la même entreprise en Algérie. C’est avec un très grand plaisir et s’il le fallait, je recommencerais. C’est une aventure, la Turquie !

 

Emna Righi, enseignante

1) Où avez-vous grandi ? étudié ? travaillé avant d’arriver à Istanbul ?

Je suis tunisienne, née à Tunis. J’ai suivi mes études à l’université. J’ai obtenu un certificat de fin d’études universitaire de premier cycle en français. J’ai changé de spécialité par la suite pour faire de l’interprétariat, j’ai obtenu ma maitrise en interprétation arabe, français et anglais. J’étais major de promo. Après l’obtention de ma maitrise, j’ai passé une année à ne rien faire. J’ai voyagé en Algérie par la suite, j’ai fait un master à Alger en traduction. J’ai eu mon master en 2010. De 2010 jusqu’à 2014, j’ai travaillé en temps que traductrice free lance puis j’ai ouvert un petit bureau en Tunisie. Cela n’a pas marché, j’ai fermé mon bureau à cause des impôts. 

2) Comment s’est fait le choix de venir vivre à Istanbul pour y travailler ? Est-ce une réflexion de longue date ou bien un coup de tête ?

Je n’avais jamais réfléchi à une éventuelle installation en Turquie. Je suis venue en tant que touriste accompagnée de mon cousin. J’avais des connaissances turques sur place, qui m’ont proposé d’enseigner la langue arabe en Turquie. J’ai été admise en temps que professeur de langue arabe, je travaille depuis septembre 2014 au centre culturel égyptien. 

3) Comment la Turquie est-elle perçue, en général, dans votre pays d'origine? Quelles sont les questions les plus fréquentes que l'on vous pose au sujet de votre pays en Turquie ?

En général, on a une idée assez positive de la Turquie et des Turcs. Il y a beaucoup de points communs au niveau idéologique entre la Turquie et la Tunisie. On se sent proche du peuple turc. J’avais l’image d’un pays assez développé, un pays assez charmant et agréable. Les Turcs sont des bons vivants. 

Les deux questions les plus récurrentes que l’on me pose sont : La Tunisie est-elle un pays arabe ? La Tunisie est-elle un pays musulman? 40 % des Turcs selon moi ne connaissent pas la Tunisie. Ce pays s’est fait connaître après la révolution lors du printemps arabe. 

En Tunisie, après la révolution, la situation s’est aggravée, tous les jeunes pensent aujourd’hui à l’immigration. Il y a beaucoup de chômage, surtout pour les diplômés. À mon arrivée en Turquie, je me suis sentie plus épanouie, plus à l’aise. J’avais plus de pression en Tunisie, des pressions financières par exemple. Lorsque je suis retournée un mois en vacances en Tunisie, mes proches m’ont trouvée plus belle et plus épanouie, ils ont noté une réelle différence. 

4) Vous vivez à Istanbul depuis un an. Comment s’est passée l’installation? Avez-vous trouvé du travail rapidement ?

J’ai eu un visa étudiant, car je prend des cours de turc. J’ai eu beaucoup de difficultés au début, je n’ai pas trouvé de logement tout de suite. Après une semaine en Turquie, je souhaitais repartir en Tunisie. J’ai trouvé un travail facilement car j’ai été “pistonnée”. Généralement à Istanbul, vous pouvez travailler assez facilement, mais selon moi il est important d’avoir un niveau correct en turc. Vous savez, la langue arabe et l’anglais sont très en vogue en Turquie. Mon objectif est de maitriser la langue turque. J’ai un autre objectif : celui de faire des études dans une université turque et ainsi obtenir un doctorat en Turquie. 

5) Comment trouvez-vous le marché de l’emploi à Istanbul ? Est-ce que vous conseilleriez à vos amis/proches de venir ?

Vous pouvez travailler, trouver un emploi assez facilement avec une maîtrise correcte de la langue turque. Les salaires sont assez bas : je touche environ 1.200 TL, je fais beaucoup d’économies. Souvent je donne des cours de français à des particuliers afin de joindre les deux bouts. À Istanbul, la vie est très chère. Le loyer, le transport… tout est très cher.

Si c’était à refaire, je choisirais sans hésitation la Turquie. J’ai eu des propositions d’emploi en France et en Italie. La France ne m’intéressait pas car il y a selon moi trop de discrimination envers les femmes voilées. J’ai de l’ambition et des objectifs que je pense pouvoir réaliser en Turquie et j’en suis satisfaite. 

 

Hela Rhouma, contrôleur financier et régional (Afrique et Moyen-Orient) chez Sanofi Pasteur

1) Où avez-vous grandi ? étudié ? travaillé avant d’arriver à Istanbul ?

Je suis née en Tunisie. Je suis partie à l’âge de 18 ans en France dans le but de faire une prépa Henri IV. J’ai obtenu une bourse d’études de la part du gouvernement tunisien afin de venir en France. J’ai intégré par la suite HEC (école des hautes études commerciales de Paris). Puis ’ai travaillé chez Ernst & Young durant trois ans, en tant qu’audit interne. L’envie de partir à l’étranger persistait malgré mon installation à Paris. 

2) Comment s’est fait le choix de venir vivre à Istanbul pour y travailler ? Est-ce une réflexion de longue date ou bien un coup de tête ?

Partir à l’étranger est l’objet d’une réflexion de longue date, mais choisir la Turquie était un coup de tête. Après trois ans chez Ernst & Young, étant encore jeune, j’ai saisi l’occasion de pouvoir partir à l’étranger. Mon choix se portait plus vers l’Amérique du nord, l’Australie, des pays à la mode selon moi… La Turquie ne faisait pas partie de mes choix. J’ai pensé au V.I.E ( Volontariat international en entreprise) pour aller à l’étranger. J’ai commencé à en parler autour de moi, un ami m’a parlé d’un de ses contacts qui cherchait un V.I.E à Istanbul. Cette ville et le pays en général ne me paraissaient pas assez dépaysant. Après un entretien assez réussi chez Sanofi Pasteur, cela a été le début d’une grande aventure. C’était un peu pour moi comme se jeter à la mer que de me rendre en V.I.E en Turquie, mais je ne regrette pas du tout mon choix. Cette ville bouge énormément et j’adore ça ! Il y a une mixité de cultures entre l’Europe et l’Orient. Etant issue moi même de deux cultures, cet aspect m’intéresse. Je suis ainsi arrivée en mars 2014 à Istanbul.

3) Comment la Turquie est-elle perçue, en général, dans votre pays d'origine? Quelles sont les questions les plus fréquentes que l'on vous pose au sujet de votre pays en Turquie ?

Après avoir réussi mon entretien chez Sanofi Pasteur, j’ai annoncé à mes parents – qui résident en Tunisie – que j’avais accepté une offre à Istanbul. Mes parents ne comprenaient pas mon choix : selon eux, j’avais déjà un emploi stable chez Ernst&Young, mes amis étaient à Paris... Ils avaient voyagé il y a plus de 20 ans en Turquie, ils avaient en tête un pays pollué, pas très bien développé. Mes parents en avaient une image erronée, ils étaient plutôt sceptiques face à mon choix. Ils sont venus chez moi par la suite à Istanbul, et ils se sont rendus compte que cela avait énormément changé. Ils m’ont même dit que j’avais fait le bon choix en venant à Istanbul. 

J’avais l’image d’un pays émergent, extrêmement riche. Les gens ici ne connaissent pas grand chose de la Tunisie, les questions posées fréquemment portent sur la religion, sur la place de la femme dans la société tunisienne . 

Istanbul est une ville qui bouge! Il y a énormément d’endroits pour sortir, c’est un pays assez libre… J’entends par là qu’une personne qui souhaite boire de l’alcool peut le faire. Je n’aperçois aucun jugement dans le regard des Turcs. Mes amis turcs n’approuvent pas mon avis, mais je continue à soutenir l’idée que la Turquie est un pays libre. Mais ne parlant pas le turc, ce n’est pas toujours facile. Les tâches les plus anodines liées à l’administration deviennent difficiles. 

4) Vous vivez à Istanbul depuis un an et demi. Comment s’est passée l’installation?

Le cadre du V.I.E est extrêmement bien fait, l’entreprise sur place m’a beaucoup aidée. Il y avait beaucoup d’expatriés dans l’entreprise, qui ont ainsi pu me conseiller sur la vie, l’installation à Istanbul. Mon entreprise a pris en charge l’ouverture de mon compte bancaire. Être dans une entreprise internationale m’a facilité la tâche car ils ont des procédures déjà en place afin d’accueillir au mieux les nouveaux arrivants. J’ai fini mon V.I.E depuis septembre, j’ai été prise en contrat local depuis fin septembre au sein de la même entreprise. Les choses se sont faites pour moi de façon assez facile. Si j’avais cherché un emploi en Turquie, le seul obstacle que j’aurais pu rencontrer aurait été la langue. Le fait ne pas parler la langue turque réduit considérablement le choix. 

5) Comment trouvez-vous le marché de l’emploi à Istanbul ? Est-ce que vous conseilleriez à vos amis/proches de venir ?

C’est un pays qui se développe énormément, il y a beaucoup d’entreprises internationales qui émergent. Dubaï et Istanbul restent deux pôles importants pour les grandes entreprises internationales. Il y a de plus en plus d’opportunités qui s’ouvrent, permettant d’accepter plus de candidats. 

J’ai appris énormément d’un point de vue professionnel, je ne connaissais pas la ville, j’ai eu une agréable surprise. Je le referais sans hésitation ! Selon moi, une expérience à l‘international est positive quel que soit le pays. Mais Istanbul est une très belle surprise, j’adore la dynamique et le dynamisme de cette ville ! 

Farida Ouriachi (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 9 octobre 2015

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