Milan

I pomeriggi culturali franco-italiani – Milan sous Napoléon

Le Foro Bonaparte, l’archo della Pace, la via Montenapoleone. Autant de références à Napoléon au cœur de Milan, mais aussi dans le cœur des milanais. Car si la relation des Français avec Napoléon de Bonaparte est parfois ambigüe, l’empereur a laissé semble-t-il à Milan un souvenir plutôt positif. Comment l’expliquer ? C’est la question à laquelle ont répondu mercredi 30 septembre, quatre éminents professeurs français et italiens dans le cadre de la première conférence du cycle "I pomeriggi culturali franco-italiani"

C’est devant une assemblée prestigieuse en présence notamment de Annamaria Cancellieri, ex ministre italienne de l'Intérieur et ex ministre de la Justice, que s’est tenue mercredi dernier la première conférence du cycle "I pomerrigi culturali franco-italiani". Introduite par Francesco Paolo Tronca, Préfet de la ville de Milan, ce dernier a souligné "l’importance d’ouvrir les lieux publics à des rencontres institutionnelles pour regarder l’avenir et poursuivre la dynamisation de la vie culturelle de Milan qui est en train de redevenir à l’avant garde." Quel lieu plus symbolique que le Palazzo Diotti - siège du gouvernement de la période napoléonienne sous Eugène de Beauharnais et désormais devenu siège de la Préfecture de Milan - pouvait être choisi ? Pour Olivier Brochet, Consul général de France, l’événement est "un geste exceptionnel envers les Français de Milan". Et de rappeler la question au centre de cette conférence intitulée "L’età francese a Milano 1796 – 1814" : "Pourquoi la légende noire de Napoléon est peu présente dans la mémoire collective locale ?" Pour y répondre quatre professeurs français et italiens coordonnés par le recteur de l’université de Milan.

Le Professeur Jacques Olivier Boudon (Université de la Sorbonne), Président de l’Institut Napoléon expose le contexte de la période napoléonienne de Milan au Palazzo Diotti (crédit Luca Giordano).

Nous sommes en 1796. Napoléon Bonaparte, jeune général vient d’épouser Joséphine de Beauharnais qui a déjà un fils d’un premier mariage, Eugène. Devant partir sur le front d’Italie, Napoléon emmène son fils adoptif comme aide de camp. Dès lors, ce dernier ne fera que lui être toujours plus fidèle. En 1802, de retour de la seconde campagne d’Italie où il était chef d’escadron à Marengo, il est nommé colonel. Napoléon fonde alors la République italienne et bientôt le royaume d’Italie (1805-1814).

En 1805, Bonaparte se fait proclamer empereur des Français. "Mais un empereur des Français peut il rester simple Président de la république d’Italie ?" interroge le Professeur Jacques Olivier Boudon (Université de la Sorbonne), Président de l’Institut Napoléon. La réponse étant dans la question, il se nomme roi d’Italie le 17 mars et se fait couronner le 26 mai au Duomo de Milan par le pape Pie VII, avec qui il sera en désaccord l’année suivante au sujet de l’annexion de la Vénétie.

Mais ne pouvant gérer les affaires à distance, pour pérenniser son pouvoir, Napoléon imagine un système de monarchies vassalisées partout en Europe. Sur cette carte politique, l’Italie jouera un rôle majeur. Elle sera la première monarchie vassale de la France directement  gouvernée par l’empereur qui nommera vice-roi d'Italie alors le dit Eugène de Beauharnais. A seulement 24 ans, son beau-fils est à la tête d’un territoire qui s’étend de l’Italie centre orientale à une bonne partie du Nord, avec pour capitale Milan. L’année suivante, Napoléon installera à Naples son frère aîné Joseph et son frère Louis en Hollande; il attribuera à son frère Jérôme, la Westphalie.

Napoléon gouverne alors le Royaume d’Italie au travers de correspondances. "Le duo fonctionne bien contrairement avec Louis, Jérôme ou Joseph en Espagne" relate le professeur Boudon justifiant ainsi l’abandon du système et commentant : "Une géographie qui évolue et qui montre que Napoléon n’a pas le souci des populations". Mais l’Italie est riche, et elle contribue au financement des campagnes. C’est d’ailleurs depuis Milan que l’empereur prépare en 1807 la campagne du Portugal d’où il émet des décrets comme il l’a fait depuis Berlin où Moscou.

Milan sera ainsi capitale du royaume d’Italie jusqu’à la capitulation de Napoléon en 1815 avant de redevenir autrichienne.

1805-1814 : Milan s’impose comme capitale économique

En 1804, à la veille de la création du royaume d’Italie, l’écrivain Ugo Foscolo décrit Milan comme "Il ricco, il dotto e il Patrizio vulgo" rappelle Stefano Levati de l’Università degli Studi di Milano. La ville manifeste en effet une richesse certaine et une réelle attractivité économique faisant venir d’Italie - mais aussi de l’étranger - des hommes d’affaires, des marchands et des intellectuels qui espèrent y trouver des postes politiques. Cet afflux fera très vite augmenter les prix, à commencer ceux des produits alimentaires. L’agriculture locale se porte bien. On note déjà par exemple en 1803 l’existence à Padoue d’une chaire agricole et vétérinaire. La région exporte céréales et riz. Les négociants occupent une place de plus en plus importante et établissent leur résidence en ville. A cette époque, le tissu industriel est fortement fragmenté. Toujours en 1803 la manufacture du tabac qui emploie quelques centaines d’employés est créée. Et en 1807, le commerce s’est suffisamment développé pour que Napoléon émette un décret interdisant à Milan les importations britanniques. Une façon de favoriser les échanges commerciaux avec la France ; il sera aboli en 1810. Mais en 1813 le cours du blé chute et c’est le début de nombreuses faillites.

Au début du XIXème siècle, Milan compte environ 127.000 habitants. Une population composée essentiellement d’artisans qui donnent du travail, de marchands alimentaires qui nourrissent résidents et gens de passage, de petits marchands et de revendeurs mais aussi de domestiques qui en représentent pas moins de 13%. Rentiers, fonctionnaires et professions libérales sont minoritaires.

Le projet d'Antolini pour le Foro Bonaparte à Milan

Sous la période napoléonienne, de nombreux changements administratifs contribuent à la prospérité économique et au développement social : des normes administratives au code du commerce (1808) en passant par celui des brevets à la loi sur le poids des monnaies. Constitution, codes, registres…autant d’éléments constitutifs d’un état qui donne l’apparence d’une répartition des pouvoirs. Mais si ces progrès sont porteurs de développement, le royaume d’Italie connaît aussi des rebellions et des répressions. Car si sous Napoléon, Milan devient la place financière du royaume, ces changements ne sont pas forcément les bienvenus dans toute la Péninsule précise le professeur Livio Antonielli 'L’impossible dialogue entre les Français et les Italiens se ressent entre l’administration et la société." et "la saison napoléonienne, summum de l’état libéral" n’est pas forcément bien par exemple en Lombardie par la classe dirigeante. "Mais malgré des animosités, personne ne peut nous enlever aujourd’hui la fierté d’avoir contribué au progrès administratif sur le modèle français » conclut-il. Ainsi, en 1814, Milan, repliée sur elle-même avant Napoléon, a pris son rôle de capitale. Elle est prête à affronter la restauration.

Dans ce contexte, la rationalisation de la ville s’impose, avec un style plus efficace et plus propre. Déjà avant l’ère napoléonienne, Milan avait connu de nombreuses innovations, comme celle par exemple du Palazzo Reale. "Mais ces initiatives particulières doivent désormais s’insérer dans des plans urbanistiques globaux. Cette planification repose essentiellement sur le Foro Bonaparte qui ambitionne la création d’un espace public pour une société nouvelle" explique Aurora Scotti du Politecnico di Milano.

Entre 1807 et 1814, Milan connaitra ainsi pas moins de trois grandes étapes architecturales. Parmi les plus grands projets, celui de Giovanni Antonio Antolini qui avait imaginé un projet colossal : au centre d'une immense place circulaire bordée d'arcades et de colonnes doriques, un véritable pôle urbain avec des bâtiments publics comme des écoles, un musée mais aussi des thermes. La première pierre sera posée en 1801 mais le projet sera finalement refusé au profit du projet de Luigi Canonica qui propose un espace qui relie le château à la ville avec un cirque et un arc de la paix; ce sera le corso Sempione. C’est enfin à Luigi Cagnola à qui l’on doit l’arco della Pace en référence à l’arc de Triomphe de Paris. En 1814 l’espace autour du château devient une place d’armes pour l’entraînement militaire."Cette cartographie urbaine est certes un instrument de construction, mais c’est aussi un moyen de reproduire un modèle de pensée, avec la possibilité de transformer la ville pour favoriser le mouvement et faire changer les mentalités."

Bien que la période napoléonienne de Milan ne dura qu’une dizaine d’années, l’empereur, qui ne s’y rendit qu’à deux reprises (en 1805 pour le couronnement et en 1807), laissa néanmoins dans la mémoire collective le souvenir d’une période prospère. Milan changea en effet de visage et s’imposa comme capitale économique du pays. Une position difficilement démentie depuis deux siècles.

Retrouvez l’intégralité de la conférence en podcast sur le portail de l’université.

Notez que les conférences de novembre et janvier porteront respectivement sur "le Roi de Rome" et sur "Garibaldi et la France". Elles seront également diffusée en streaming à l’Università statale (Via Festa del Perdono, 7 – Metro Missori) et à l’Institut français Milano (Corso Magenta, 65 – Metro Cadorna).

Sophie Her (www.lepetitjournal.com/milan) - lundi 5 octobre 2015

 
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