Rome

SYNODE SUR LA FAMILLE – L’homosexualité a-t-elle sa place dans l’Eglise catholique ?

Ça ne devait être qu’un sujet parmi d’autres de ce synode sur la famille, organisé à Rome par l’Eglise catholique. Mais il est sur toutes les lèvres depuis le coming out ultra-médiatique d’un prêtre polonais qui s’est présenté devant la presse avec son compagnon à la veille de la messe d’inauguration du synode. Le pape François avait amorcé un début d’acceptation depuis son élection mais la doctrine de l’Eglise qui fustige l’homosexualité n’a pas bougé d’un iota depuis.

Krzysztof Olaf Charamsa, prêtre polonais fait son coming out et présente son compagnon à la presse (capture d'écran)

Lundi 5 octobre, lors d’une conférence de presse en marge de l’ouverture du synode sur la famille, André Vingt-Trois, cardinal de Paris avertissait : "Si vous êtes venus à Rome dans l’espoir d’en repartir avec un changement spectaculaire dans la doctrine de l’Eglise, vous allez être déçus". Un synode, cher au pape François, qui doit durer trois semaines et qui a pour but de mettre sur la table les questions liées à la famille et à ce qu’elles représentent pour l’Eglise catholique aujourd’hui.

Divorce, remariage, homosexualité, mariage des prêtres, rôle des femmes, etc ; autant de thèmes que les 360 évêques et experts du monde entier vont devoir aborder pour cette deuxième session du synode sur la famille (la première a eu lieu en 2014, ndlr). Des sujets qui divisent l’Eglise catholique et sur lesquels ces "sages" devront remettre leurs conclusions d’ici le 24 octobre.

Mais un sujet a pourtant pris le pas sur tous les autres dès le premier jour du synode ; l’homosexualité et son accueil au sein de l'Eglise catholique. Un sujet qui irrite les plus conservateurs qui ne veulent pas en entendre parler mais qui a fait irruption après une révélation en forme de boulet de canon et très médiatique.

Un prêtre polonais brise un tabou 

Alors que le pape François en appelle au "courage" des prélats et "à ne fermer les yeux sur rien", il semblerait qu’il ait été entendu. En effet, la veille de la messe d’ouverture du synode, alors que le chef de l’Eglise rappelait "l’unité et l’indissolubilité du lien conjugal" (entre un homme et une femme, ndlr) et alors que l’Eglise ne cesse de débattre sur sa "politique" d’accueil des homosexuels en son sein, un pavé dans la mare a été jeté depuis la Pologne.

Le lanceur est d’ailleurs un collaborateur de la curie romaine et membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, un organisme chargé de veiller au respect et à la cohérence de la doctrine catholique. Il s’appelle Krzysztof Olaf Charamsa, il a 43 ans et il vient de révéler son homosexualité allant même jusqu’à avouer partager sa vie avec un homme, qu’il a présenté à la presse, dans ce qui semble être un plan de communication préparé.

Son rôle au sein de la Congrégation dans la doctrine de la foi est d’autant plus symbolique que la doctrine de l’Eglise catholique considère les actes homosexuels comme "intrinsèquement désordonnés" et prône l’abstinence aux gays. Cela expliquerait-il donc la présumée homosexualité de nombreux hommes d’église ? Le père Charamsa semble le penser et souhaite ainsi briser un tabou et une hypocrisie.

"Le clergé est largement homosexuel"

Par cet acte spectaculaire et éminemment médiatique, le prélat polonais dit vouloir faire évoluer les institutions religieuses sur la question des homosexuels. "Réveille-toi, Eglise, cesse de persécuter les innocents. Je ne veux vraiment pas détruire l’Eglise, je veux l’aider, et surtout je veux aider ceux qu’elle persécute. Mon coming out doit être un appel au synode pour que l’Eglise arrête ses actions paranoïaques à l’égard des minorités sexuelles" a-t-il lancé face aux caméras. Et d’ajouter plus tard : "Le clergé est largement homosexuel et aussi, malheureusement, homophobe jusqu’à la paranoïa car paralysé par le manque d’acceptation pour sa propre orientation sexuelle". Des déclarations qui font mouche. 

Le Vatican a très vite réagi et a sanctionné le père Charamsa jugeant son coming out "très grave et irresponsable". Dans un communiqué, le Saint-Siège assure que "Mgr Charamsa ne pourra plus continuer à assurer ses fonctions précédentes auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi". Le prélat polonais devrait perdre son statut de prêtre une fois son cas discuté par ses supérieurs hiérarchiques dans son diocèse.

Progressisme VS conservatisme

"Je voudrais dire au synode que l’amour homosexuel est un amour familial, qui a besoin de la famille. Chacun, et même les gays, les lesbiennes et les transsexuels, porte dans son cœur un désir d’amour et de famille" explique le prêtre polonais. Un discours qui a beaucoup de mal à passer au vu de la position doctrinale de l’Eglise quant à l’homosexualité. Pourtant, ça et là, des associations de catholiques homosexuelles voient le jour. Des représentants, venus de quarante pays se sont d’ailleurs réunis la semaine dernière à Rome afin d’organiser un véritable réseau international qui prendra le nom de Global Network of Rainbow Catholics (réseau mondial des Catholiques arc-en-ciel).

Sur le sujet, le pape a soufflé le froid et le chaud ces derniers temps, rencontrant un couple homosexuel lors de son voyage aux Etats-Unis, mais aussi Kim Davis, l’employée municipale devenue porte-parole des opposants au mariage gay. Il avait pourtant déclaré en 2013, peu après son élection : "Si une personne est homosexuelle et cherche vraiment le Seigneur, qui suis-je pour la juger ?". La question ne risque donc pas d’être tranchée de si tôt.

Côté conservateurs, le cardinal de Paris avait été le premier à réagir : "Ce n'est pas parce quelqu'un dans le clergé déraille par rapport à la règle que cela rend notre parole inaudible sur la sexualité". Mais la palme revient à Gino Flaim, prêtre à Trente, dans le nord de l’Italie, qui n’a pas hésité à faire un parallèle entre homosexualité et pédophilie, fustigeant le premier et défendant le deuxième. Alors qu’une journaliste de la chaine La7 lui demande : "L’homosexualité au sein de l’Eglise, est-ce un vrai problème ?", il répond, avec flegme : "La pédophilie, je peux comprendre.  L’homosexualité, je ne sais pas. Je suis beaucoup allé dans les écoles, les enfants je les connais, et malheureusement il y a des enfants qui cherchent de l’affection parce qu’ils n’en reçoivent pas chez eux. Ils peuvent parfois tomber sur un prêtre qui cède, et ça je peux le comprendre". Il a été révoqué et a provoqué un tollé mais ne semble pas comprendre pourquoi : "Mais qu’est-ce que j’ai dit de si grave ?".

Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Rome) - vendredi 9 octobre 2015

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