Stockholm

IKEA, LE MAROC ET LE SAHARA OCCIDENTAL – Point sur la situation

 

 

Depuis quelques jours, l’actualité diplomatique nationale est dominée par les tensions suédo-marocaines suite à l’inauguration annulée du premier magasin IKEA du Maroc. Des rumeurs font état de l’imminente reconnaissance par la Suède du Sahara occidental comme État souverain : une première parmi les nations occidentales. Analyse.

2 novembre 2010. Alors observateur de procès à Casablanca d’une dizaine de sahraouis inculpés de divers délits, mandaté par la Section Suédoise de la Commission Internationale des Juristes, je fus appréhendé avec un collègue suédois par la police marocaine. Sous la menace de poursuites plus graves, nous dûmes signer un document en arabe dont jamais nous n'eûmes ni un exemplaire ni la traduction. Une reconnaissance de torts, selon le tribunal.

La raison en était que mon collègue avait – maladroitement, il est vrai – sorti de son sac un appareil photo dans l’enceinte du tribunal. Cette erreur nous coûta cinq heures de garde à vue et la préoccupation des médias suédois. Durant un long réquisitoire, le procureur du roi casablancais reprocha à la Suède de trop se préoccuper du sort de « simples criminels » sahraouis. Bref, nous comprîmes que la question sahraouie était sensible pour le Maroc.

La Suède au centre des spéculations diplomatiques

De l'avis de plusieurs observateurs, la Suède ne va pas tarder à reconnaître le Sahara occidental comme État souverain. Aujourd'hui les partis politiques suédois appellent tous à cette reconnaissance, de l'extrême gauche à l'extrême droite à l'exception du Parti modéré. Cela inquiète le Maroc. Si le territoire acquiert un statut d'État à part entière, les frontières actuelles du Maroc seront officiellement remises en cause au niveau international.

En 2014, la Suède devenait le premier pays de l’UE à reconnaitre la Palestine, malgré les foudres d’Israël. Pour le Washington Post, qui faisait le 7 octobre 2015 l’éloge d’une diplomatie suédoise en pleine renaissance, « subtilement radicale et féministe », le risque est grand pour que le cas échéant, l'action suédoise soit la première d'une longue série de reconnaissances diplomatiques de par le monde.

D'importants enjeux économiques pour le Maroc

À l'instar du Parti social-démocrate, plusieurs partis politiques suédois dénoncent depuis des années « l’occupation du Sahara occidental, résultant de l’annexion de ce territoire en 1975 par le Maroc ». Comme en 2009 pour Brahim Dahane, des prix récompensant des Sahraouis défendeurs de droits de l'homme sont accordés par les ONG suédoises. Plusieurs responsables politiques suédois remettent régulièrement en cause les accords économiques bilatéraux où il est question du Sahara marocain.

L’accord de pêche Maroc-UE du 10 décembre 2013 a par exemple déclenché l’ire de l'opposition Rouges-Verts suédoise. L'accord, qui permet à 15 pays européens de pêcher dans les eaux sahraouies contre paiement de 30 millions d’euros annuels au royaume chérifien, reconnaitrait de facto la souveraineté du Maroc sur les richesses naturelles du territoire. Riche en pétrole et phosphates, le sous-sol sahraoui commence en effet à être prospecté. Le Maroc a ainsi vendu des licences de prospection à la compagnie américaine de forage pétrolier Kosmos Energy fin 2014. 

De nombreuses réactions

Les relations suédo-marocaines ont été ces dernières semaines dominées par l’épisode de l’interdiction de l’ouverture du premier magasin Ikea du Maroc, officieusement pour des raisons politiques. Selon certaines sources, le Maroc menacerait même de boycotter systématiquement les intérêts économiques suédois. De fait, les relations suédo-marocaines semblent au point mort.

Alors que 200 enfants en provenance du Maroc, orphelins et sans domicile fixe, occuperaient ces jours-ci les rues de la capitale, l’Ambassade du Maroc à Stockholm n’a pas donné signe de vie au gouvernement suédois durant une semaine. Elle promettait le 7 octobre de bientôt le rencontrer. Le 10 octobre, des centaines de marocains établis dans les pays scandinaves manifestaient en nombre à Stockholm contre la position de la Suède sur la question du Sahara avec pour mot d’ordre « l’intégrité territoriale du Maroc est une ligne rouge à ne pas franchir ». Des milliers de personnes faisaient de même au Maroc devant l’ambassade suédoise.

Du nécessaire retour à une relation apaisée

Quelle position adoptera la France ou encore l’Espagne, deux pays historiquement favorables aux revendications marocaines mais qui, sur la Palestine, ont suivi la Suède ? L’action suédoise aura-t-elle des répercussions jusqu’aux relations algéro-marocaines, l’Algérie accueillant depuis des décennies des centres d’accueil pour réfugiés sahraouis ? Que va faire le premier ministre suédois Stefan Löfven, lui qui ambitionne pour son pays un siège non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2017 ?

Avec une balance commerciale très excédentaire, le Maroc est un marché dont la valeur a pour la Suède décuplé en dix ans. Les chiffres restent toutefois modestes : en 2014 la Suède exportait pour 370 millions d’euros vers le Maroc sur 114 milliards d’euros d’exportations totales, et importait pour seulement 34,5 millions d’euros sur 111 milliards d’euros d’importations totales. Au-delà des sensibilités qui se réveillent de part et d’autre, sans doute faudra-t-il arriver à un compromis respectueux de chaque partie, seule issue raisonnable à la crise.

Crédits photos : CC

 

Yann LONG lepetitjournal.com/stockholm Lundi 11 octobre 2015

 
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