Varsovie

INTERVIEW – Michel Lisbonis, Consul à l'Ambassade de France en Pologne

 Après une carrière consulaire de vingt ans à travers le monde, c’est à Varsovie que Michel Lisbonis, nouveau Consul à l'Ambassade de France en Pologne, pose ses valises pour son dernier poste. Lepetitjournal.com/Varsovie est allé à sa rencontre. 

Pouvez-vous vous présenter et nous dire quel est votre parcours ?

Je suis au ministère des Affaires Etrangères depuis 30 ans. J’ai commencé ma carrière dans le milieu culturel. Je m’occupais dans un premier temps d’événementiel dans le sud de la France puis j’ai travaillé dans les instituts français à l’étranger. Je m’occupais des échanges culturels, promouvoir des artistes, des intellectuels français dans mon pays de résidence, et aussi de les faire connaître en France. Je suis ensuite devenu consul il y a une vingtaine d’années. J’ai exercé dans beaucoup de pays, sur tous les continents, sauf en Afrique sub-saharienne. C’est la première fois que je suis affecté en Europe centrale. Les vœux que j’avais formulés étaient l’Ethiopie ou la Pologne, deux pays inconnus pour moi. L’Ethiopie représentait à mes yeux le berceau moral des rastas, le syncrétisme des cultures chrétienne et musulmane, et c’est un pays qui n’a jamais été colonisé. C’est cela qui m’attirait. En Pologne, c’est également son histoire, celle d’un pays constamment écartelé entre les différentes puissances dans le passé, qui finalement retrouve toute sa place après la dernière guerre mondiale et de façon encore plus marquée depuis son entrée dans l’Union Européenne. Je ne cache pas également que la proximité géographique de la Pologne avec la France et donc avec ma famille a été aussi un critère de choix…

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans vos missions?

Sans nul doute le contact avec les gens, le fait de les aider à vivre leur expatriation le mieux possible et de maintenir des liens avec la France, ce qui n’est pas toujours évident. Car quelques fois, loin de chez soi, on peut avoir tendance à oublier leurs droits. Ainsi les Français de Pologne peuvent accomplir les formalités administratives  auprès du consulat (délivrance de cartes nationales d’identité, de passeports, recensement militaire pour les plus jeunes). Lorsqu’ils sont inscrits, nos compatriotes peuvent voter pour les élections nationales (présidentielles et referendums). Le consulat apporte également des aides aux personnes en difficulté (allocations, bourses scolaires). Toutes ces démarches sont facilitées lorsque les Français sont connus du poste. Je leur conseille donc vivement de s’inscrire auprès du consulat.

Y a t-il des spécificités de sujets que vous avez eu à traiter en fonction des zones géographiques où vous avez exercé ? Y en a t-il  une en Pologne ? 

Outre les questions relatives à la sécurité qui constituent une spécificité dans certaines zones géographiques du monde, il y a en effet des caractéristiques propres aux communautés, lesquelles sont rarement homogènes. Au Mexique par exemple, il y a une communauté de 15.000 personnes originaire de Barcelonette, dans le sud de la France, qui s’est installée à la fin du XIXe siècle. Ce sont des gens parfaitement intégrés et très imprégnés de culture mexicaine mais qui gardent des liens plus ou moins distants avec leur pays d’origine. Le consulat s’emploie donc à recréer des liens avec la France, en allant à leur rencontre et leur donner l’envie de renouer avec leur pays d’origine. En Pologne, ce phénomène est également présent mais le sujet à traiter est différent. Ce sont des Polonais qui ont émigré en France à la fin du XIXe siècle pour travailler dans les mines de France. Dans les années d’après-guerre le gouvernement polonais les a incité l’époque à revenir en Pologne Ils se sont réinstallés dans leur région d’origine, majoritairement en Basse  Silésie. Ils ont gardé la nationalité française, même si les jeunes générations ne parlent plus français pour la plupart. Cette communauté est aujourd’hui dans une situation financière précaire et nous lui apportons des aides sociales. Je vais d’ailleurs les rencontrer dans quelques jours.

Y a t-il des changements que vous souhaiteriez apporter au consulat de Varsovie ? 

Il est encore un peu tôt pour vous répondre. Mais la chose à laquelle je vais m’attacher est la proximité avec mes concitoyens, aller le plus possible à leur rencontre. Je compte très rapidement visiter les différentes communautés françaises en province pour pouvoir comprendre quels sont leurs besoins. Je souhaite également améliorer les conditions d’accueil au consulat. Faire en sorte que mes concitoyens soient accueillis dans un environnement plus convivial et individualisé. Les sujets évoqués dans un consulat sont souvent très personnels, ce qui mérite un environnement plus adapté avec une véritable salle d’attente et surtout un bureau qui permet le contact personnel, avec si  cela s’avère nécessaire, la mise en place d’un système de prise de rendez-vous.  J’ai déjà pris contact avec un architecte français de Varsovie pour la réalisation de ce projet. Notre ministre tient beaucoup à la qualité de l’accueil du public, qui mérite attention et respect. J’ai bon espoir que cette ambassade obtienne les fonds nécessaires pour qu’il aboutisse.  

Finissons par un portrait chinois...

Quel est votre film préféré ? J’aime beaucoup le cinéma et donc beaucoup de films. Si vous le permettez j’en citerai deux : « La 25ème heure » d’Henri Verneuil avec Antony Quinn et Serge Reggiani et « Ida » de Pawel Pawlikoski. Je sais que ce film a provoqué beaucoup de polémique en Pologne même, mais c’est cela l’art: questionner la société et ce ne peut être que bénéfique.

Y a t-il une chose dont vous n’aimiez pas parler ? Ma vie privée

Quelle est votre plus grande qualité ? L’empathie, essentielle dans ce métier, écouter mais ne pas juger 

- Avez-vous un secret ? Oui, mais je ne vous le dirai pas…

 

Laura Giarratana (lepetitjournal.com/Varsovie) - Jeudi 8 octobre 2015

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